Katria

Katria est un Traceur dont le destin tragique a profondément changer notre compréhension de l'univers. Son souvenir est ancré dans nos mémoires. Nous ne partirons plus jamais vers ces nouvelles galaxie comme nous le faisions au temps des Traceurs aveugles.

L'histoire de Katria

Katria, nous t'avons tous abandonné. Nous avons failli, nous t'avons laissé dans l'immense obscurté. Tu t'es battu, mais tes enfants ont disparu. Tu es présente en chacun, tu es là, dans un creux de notre mémoire, toujours bienveillante malgré ce que nous sommes, malgré notre honte, notre honte.

Étape

Drodi 2 contacta son frère sur un écho de la toile généralement employé lors de manœuvres requérant une bonne fiabilité de communication.
 
-Drodi 2 pour 254.254.1.1, en attente d'écho.
Dans un recoin sombre sans issue apparente un formec sommeillait. Son écoute auxiliaire, seul organe du robot encore activé, intercepta le message et y répondit immédiatement.
-254.254.1.1. Process en cours : veille de communication. Temps rebond 1:1.1.
Sans attendre de nouveau message l'écoute réactiva le central profond. Celui ci était capable d'intuition et saurait prendre l'initiative si Drodi 2 n'émettait pas de nouveau.
Mais le logimec reprit :
-Servant 4 me donne autorité pour te guider dans une sortie d'inspection de la coque aux abords de la tranche Nord des boucliers Pater. Je t'envoie une traînée.
254 déchiffra la trame et la déclara compatible. L'Ecoute s'ouvrit aux ordres et les repartit vers les différentes interfaces concernées. Elle devenait par la même relais d'un central déporté, laissant ainsi le temps nécessaire à ses cent vingt unités de sortir de leur léthargie et d'atteindre la fréquence d'activité.
A l'une des extrêmités du hall cathédrale une large dalle s'escamota. S'extrayant de son écrin le rob-sonde 254 fit siffler ses quatre disques cinétiques, il s'immobilisa à deux mètres au-dessus d'un petit logimec, à peine visible face aux vingt cinq mètres de ce qui ne ressemblait qu'à un agglomérat difforme d'antennes, de paraboles et de radars.
Drodi 2 vint se placer sous le ventre de son compagnon mécanique et ils entamèrent lentement leur ascension vers un corridor d'éjection. Ils furent expulsés au sud-ouest du globe des maternités. Le sas focus se referma derrière eux et 254 y arrima une ancre. Il prit sur lui d'utiliser un peu de la marge de temps qui leur était concédé dans cette mission, tous ses senseurs ouverts en entrée. Là où l’œil humain n'aurait vu qu'un petit soleil perdu et isolé dans un rien absolu, lui voyait des champs d'ondes multicolores, des arcs de particules, un univers emplit de mouvement, de temps, de matière.
Servant 4 perçu cette traînée d'émotion sur la toile et se réserva un écho secondaire du cristal pour encourager 254 à engager un nouveau process.
- Nous sommes à l'écoute 254, un message ?
- C'est beau répondit le formec avant de ramener son ancre et de concentrer son attention sur la coque.
Le Servant comprit qu'il s'agissait non pas d'une information parasite mais belle et bien d'une trame semi prioritaire. Il décida qu'il réveillerait le pilote avec cette émotion déviante, ces images volées, ce premier espoir.
 

Éveil

Quelque part au centre de l'un des six bulbes de marbres couvrant ce qui aurait pu être la proue du vaisseau, dans une pièce en forme d'étoile étirant ses six branches dans les trois dimensions flottait le corps d'une jeune femme. Trois champs de normalisation l'entouraient, trois bulles en mouvance perpétuelle fondues les unes aux autres. Perçant ce halo cotonneux de fines brindilles métalliques trois robots aux silhouettes arachnoïdes semblaient caresser la chair de la dormeuse sans oser la toucher.
 
Ce lieu représentait en la personne de la pilote navigante Katria l'âme, la partie humaine de l'organisme-vaisseau Pan'fa.
Katria était née dans cette pièce, y avait grandi et y mourrait certainement. Elle s'était désincarnée dès son plus jeune âge pour prendre possession de son nouveau corps, le Pan'fa premier de sa génération. D'abord vaisseau nourrisson, composé des quelques éléments essentiels à sa vie, la matrice où reposait son enveloppe charnelle, un propulseur Stocko à carburant organique et le central des six servants, Katria grandit au rythme de la construction du Pan'fa, sa réalité physique. Ses parents humains, éducateurs du grand univers, architectes des Réacta, du profond et du Triche, ses frères vaisseaux Nef et tous les servants de la toile lui avaient enseigné l'espace. Elle entreprit des voyages d'initiation toujours plus long, gagna des recoins du Xyz toujours plus éloignés, parcourut des routes du Triche depuis longtemps inexploitées. A son treizième anniversaire on lui apprit quel serait son rôle : traceur de méridien. Comme le voulait la tradition des Nefs elle put alors entreprendre son voyage de Recueillement de cinq ans libérée de toutes contraintes. Elle pouvait aller là où il lui plairait d'aller, faire ce qu'il lui semblait bon de faire, partir et ne jamais revenir. Mais les Nefs revenaient toujours.
Échappant momentanément au contrôle des servants, le Pan'fa se mit à osciller doucement sur un axe imaginaire. Ses cadenseurs émirent un ronronnement qui se répercuta longtemps, subsistant de poches d'air en salles immergée, de cloisons pleines en barrières énergétiques. Des milliers de cyclyeux répartis sur la coque s'ouvrirent, se refermèrent puis s'ouvrirent de nouveau. L'image fuyante d'une petite fille entre éveil et sommeil apparut fugitivement sur tous les moniteurs du bord. Puis, dans un seul mouvement tous les éléments de cette "planète mécanisme" s'animèrent. Sas, poutres de manutention, servomoteurs, contacteurs, palpeurs, cyrus, logimecs frémirent, frissonnèrent puis replongèrent dans une paisible léthargie. Katria avait toujours eu des réveils difficiles.
Le bulbe principal de la salle du duplicata s'illumina progressivement d'une lueur pourpre puis se mit à pulser régulièrement au rythme de l'organisme de Katria. C'était en ce lieu, dans un globe d'eau Psy qu'une copie de la conscience du pilote s'éveilla. Intelligence, âme et complexe C séparés par le sommeil s'unifièrent pour former de nouveau un être doué de vie, une entité différenciée. Plus faiblement sept autres globes se mirent à palpiter de manière asynchrone. Sept berceaux aptes à recevoir l'esprit de Katria dans le cas d'une défaillance d'un des duplicatas.
Au centre de la masse informe du Pan'fa, dans un puits de mille cinq cent kilomètres de diamètre ouvert aux deux extrémités une étincelle à l'échelle d'une planète crépita et rebondit sur la paroi, accéléra, rebondit encore, elle voulut s'échapper par une des entrées du réacteur mais un champ de force l'en empêcha. Le ballet se poursuivit quelques secondes, la lueur grossissant à chaque rebond sur la coque nourricière. Puis l'étincelle devint un micro soleil. Des amarres énergétiques partirent à l'assaut de la source d'énergie pure, la stabilisèrent au centre du vaisseau et commencèrent à en puiser la précieuse puissance. Partout sur la coque du grand vaisseau des opercules pareils à d'immenses dômes de quelques télescopes antiques s'escamotèrent. Le Pan'fa, telle un corps céleste soudain redevenu sage réintégra son orbite, se stabilisa en une ellipse parfaite et vint trouva sa trajectoire en équilibre avec l'espace local.

Les enfants adultes

Katria rassembla ses idées en attendant que Servant 4 ai fini d'initialiser son corps virtuel là bas dans son complexe personnel puis elle l'investit. Un large sourire se dessina sur son visage alors que, assise sur le rebord d'un long canapé sinueux, elle observait ses doigts de pied pianotant sur le sol de plastacié.
 
Pour toute réponse à l'attente de Katria deux sphères huileuses furent libérées de l'abdomen du robot gestalt et chutèrent sur le sol. Au terme de leur premier rebond elles avaient revêtu l'apparence de deux silhouettes humaines à la peau totalement lisse, brillante et noire. L'une dotée de bras démesurés sauta les dix mètres qui la séparait de Katria et se figea près d'elle, à quatre pattes, en une posture de chien méfiant. L'autre dont chaque pas faisait naître des ondes frémissantes à la surface de son corps liquide s'avança vers une protubérance du sol en forme de demi sphère. Katria caressa affectueusement le crâne de Lola, le cyber démon femelle, ses doigts inconsistants se recouvrirent d'une fine pellicule d'eau sucrée.
Lola et Orlac, le mâle, était avec Katria les seules entités vivantes du Pan'fa. Les seules exceptions faîte des cent vingt trois colons qui à trois mille mètres sous eux entamaient leur douze mille six cent soixante quinzième jour de songe.
Lorsque une partie de la sphère disparut laissant apparaître dix plots de Transportation le Pan'fa hérissa toutes ses antennes, déploya nombre de ses paraboles, activa tous ses senseurs IRUV internes et externes. Il n'y eu plus une poussière dans l'atmosphère du vaisseau que Katria n'ignora. Ses cœurs internes battirent plus rapidement. Elle était souvent venu dans la Pater pendant l'installation des colons et elle connaissait ce lieu du Pan'fa aussi bien que n'importe quel autre, même si c'était le seul de son corps qu'elle n'avait pas loisir de parcourir sans autorisation externe. Mais aujourd'hui c'était différent. Désormais elle serait seule à veiller sur eux, il n'y avait plus que les servants pour la conseiller dans cette si lourde tache. En elle montait un sentiment contradictoire d'amour et de peur. Elle pouvait sentir tout son corps palpiter autour de ces 12675 vies et mesurait pleinement les forces colossales qui lui avait été données pour assurer leur sécurité. Mais ces mêmes forces n'étaient-elles pas aussi celles qui pouvaient les exposer tous aux dangers d'un monstre un peu trop affectueux?
Il y' avait tant de paramètres à prendre en compte, tant de sentiments encore si mal maîtrisés.

Et merde!

3.51 Mo de Trames 
Engoncé dans sa combinaison spatiale de manutention, Season tentait désespérément de contenir le feu vorace qui gagnait les compartiments annexes des réservoirs d’eau. Des nervures d’énergie blanche semblaient proliférer sur le sol et les murs du sas dans lequel il se trouvait.
 
Trois coups de butoir très proches de sa position l’informèrent que les attaquants avaient repéré la brèche dans le champ de normalisation et qu’ils concentraient dorénavant leur puissance de feu sur cette faille. Il estima que la coque aurait déjà dû céder et lorsqu’il déclencha les propulseurs anti-G de sa combinaison, il pensa qu’il allait certainement bientôt mourir.
Il sentit ses poumons se vider alors que la cloison derrière lui était remplacée par une sphère lumineuse blanche. Il essaya de s’agripper au rebord d’un sas de sécurité en train de se fermer, sa main resta coincée et l’étau lui broya les os tout en le maintenant prisonnier. Une eau bouillante suintait tout autour de son bras fondu dans la paroi métallique. Derrière le sas, les parois du compartiment venaient de céder, inondant la pièce. Il dégaina un mono-filament mais n’eut jamais le temps de se trancher le bras…
 
« Geor, le secteur des cuves est touché… »
Octa ne pouvait détacher son attention de cette information. Nina, la station pilote du vaisseau, avait hissé cette information au sommet des données prioritaires pour des raisons purement techniques. Mais pour Octa, l’important était que Season se trouvait dans le secteur des cuves… Season ne répondait plus à l’appel.
Le vaisseau culbuta sous un nouvel assaut d’armes solides. Nina ne pris pas la peine de rétablir l’assiette, des milliers de schémas alarmants se déversaient en un flot grandissant quelque part dans un recoin de sa conscience.
Son connecteur cervical lui faisait clairement ressentir les nombreuses blessures du Coffee. Mais Octa ne voyait plus qu’une seule chose, l’image nette et précise du premier contact visuel de leurs ennemis.
Sur fond de nova quatre silhouettes de chasseurs Venta se balançaient avec une lenteur toute relative. Un halot de lumière les entourait, les liants en une grappe de charbons ardents. Les fils d’énergie qu’ils ne cessaient de lancer à l’assaut du Coffee ne prenaient naissance qu’à distance de leur propre coque et de loin, un observateur n’aurait pas su dire qui était l’attaquant et qui était la proie.
Nina s’imposa à l’esprit d’Octa.
« Le central de défense a analysé la situation en notre défaveur. Il table sur trois minutes quinze, trois minutes trente de résistance avant atteinte du cocon . »
« Geor...» appela Octa.
Elle n’obtint aucune réponse et sortit immédiatement de sa vision virtuelle. Le pont était plongé dans l’obscurité, les hurlements de la coque ravagée ne perçaient qu’à peine le double champ de normalisation du poste de pilotage.
Elle parcourut du regard les différentes passerelles et aperçut son co-pilote debout, face à la verrière principale, au sommet de la salle.
« Geor ? » sa voix était tremblante.
« Nous n’aurons pas le temps de l’atteindre. » répondit il.
« Non… » Octa baissa la tête. Le silence s’instaura. Nina le rompit.
« Tir de barrage en provenance de la planète non nommée la plus proche. »
Et l’espace d’un instant, Geor et Octa, purent effectivement voir, alors que le Coffee se lançait dans une nouvelle pirouette, un trait blanc, lumineux et virevoltant venir intercepter, les unes après les autres, les aiguille d’énergie lancées par les chasseurs.
« Poursuit la descente ! » Ordonna Octa à Nina. « Et rétablit… s’il te plait. »
Trois minutes et quarante secondes plus tard, alors que les Venta cherchaient un angle d’attaque pour forcer le bouclier tout en restant hors de portée des armes de contact du Coffee, ce dernier atteint les premières couches de l’atmosphère de la petite planète couleur bronze. Tous les voyants du compensateur gravitique passèrent au rouge.
Nina fit parler l’un des ses six logimecs de bord, qui, au centre de la passerelle de navigation essayait de garder une position relative au navire de nouveau secoué par des salves de missiles.
« Si nous entrons dans l’espace atmosphérique de cette planète avec notre vitesse actuelle, la coque tiendra mais la compensation anti-G ne sera pas suffisante. »
« Et bien je préfère encore crever éparpillée aux quatre coins du vaisseau plutôt que de laisser à ces enfoirés la joie de nous exploser… »
Trois impacts sourds se firent sentir et ébranlèrent le champ de normalisation du petit navire.
« Ces maudits bâtards ne nous lâcheront plus maintenant que l’on est bloqué en espace normal. Nous les protégeons du tir de barrage, ils vont nous pilonner sans relâche. » Hurla Octa sans s’adresser à quiconque. Geor neparlait plus.
Alors Octa comprit qu’il été vain d’espérer encore. Elle fixa la verrière principale. On y voyait une image fuyante, celle d’une portion de terre d’un continent inconnu d’une planète inconnue. Au centre, une dépression géographique à laquelle elle ne put donner un sens. Un silence décalé s’était instauré dans le poste de pilotage, comme dans tout le reste du vaisseau. Coursives, cabines, laboratoires, hall des machines, plus aucun mouvement mécanique. Seuls quelques rescapés tapis là où ils avaient cru bon de s’arrêter pour faire face à leur angoisse grandissante.
La couche extérieure de la coque de vaisseau n’était plus qu’un flot de magma ondoyant aux prises avec des attractions toujours plus violentes.
Le Coffee était un caillou en fusion lancé à la figure d’un monde.
« La structure interne se maintient plutôt bien » soupira finalement Geor d’une vois atone.
« Rien pour nous enfuir… Plus de porte de sortie… Evacuation impossible… Mal à respirer… » Octa n’avait pu, comme son co-pilote, endosser une combinaison anti-G et les compensateurs du vaisseau ne cessaient de céder du terrain à un ralentissement meurtrier.
« Ca m’aurait plu de vivre mes dernières minutes en paix. » Ajouta t’elle.
« Garde espoir Octa… Si les compensateurs tiennent jusqu’au bout … »
Octa riposta d’un air moqueur :
« Ce n’est plus de l’espoir… » Ses mots se perdirent dans un râle. Son siége l’enveloppait presque entièrement, essayant vainement de lui conférer un semblant de confort.
« Nous n’en serions pas à notre premier miracle de la journée, hein, mon aimé ? »
Pour seule réponse Geor n’eut qu’un chaos sonore soudain. Le Coffee heurta une couche mitoyenne de l’atmosphère basse de la planète. Il s’y écrasa brutalement. Le pont principal se déforma comme si une main géante s’était refermée sur une structure de papier aluminium. Il entendit pourtant clairement le squelette d’Octa se broyer. Un son clair puis sourd et poisseux. Un son faible mais dominant tous les autres, une onde qui vint se figer dans son esprit, une vibration qui s’introduisit en lui, le violant, s’immisçant par ses yeux écarquillés, sa bouche grande ouverte, ses tympans impuissants à ne pas entendre.
La structure tint bon.

De la terre à la lune

Ce qui restait du Coffee toucha terre au sommet de la pente intérieure d’un vaste cratère ; il y creusa un large sillon avant de sombrer dans le lac de lave en fusion qui bouillonnait en son centre.
Cela faisait trois jours que le vaisseau s’enfonçait lentement dans les entrailles de la planète
 
Geor lui avait trouvé un nom à cette planète Ce serait la planète Octa, du système Octa, du secteur Octa.
Il avait trouvé refuge dans le bloc opératoire de l’infirmerie qui possédait son propre champ de normalisation ; désormais le seul encore actif. Le central pilote était mort. Il ne restait plus que M’Attente,  l’Intelligence médecin du bord pour tenir compagnie à Geor. Mais l’Intelligence semblait peu à peu régresser, impuissante à combattre les dangers menaçants son dernier patient.
Pour s’occuper, ne pas sombrer dans la folie, ne plus s’enivrer de cette terreur grandissante qui ne manquait de venir lorsqu’il contemplait les globes de lave ruisselante sur les parois transparente du champ protecteur, pour rester en paix, Geor avait entreprit une analyse de son crû de M’Attente.
« Tu sais que tu sembles plus qu’humaine lorsque tu parles des tes craintes comme tu le fais depuis quelques temps . » lui dit il.
« Ce n’est pas pour me rassurer Geor, nous les Intelligences nous n’envions pas le statut d’humain comme vous vous plaisez à le croire. Nous sommes très biens telles que vous nous avez conçues, nées de l’utopie de VOTRE intelligence, sans inconscience , un seul esprit, des rêves en directs, spectateurs de nous même à tout instant. Enfin, trop tard pour refaire ton éducation petit homme. »
« Non, effectivement je crois que ce ne sera plus nécessaire » rétorqua cyniquement Geor.
« Pardonne moi, ce n’est pas ce que je voulais dire. » répondit M’Attente sans trop attendre de compréhension de son compagnon d’infortune.
Geor se laissa aller en arrière et s’adossa à la parois de sa couchette.
« Laisse tomber ce n’est pas grave. Eh, tu sais ce qui me ferais plaisir ! J’aimerai me faire pousser la barbe, tu vois, un peu comme les colons, une barbe grisonnante. »
« Curieuse envie, mais pourquoi pas. Allonge toi sur la table, je vais contacter ta sonde Farmer pour lui demander cette petite faveur. Mais il faudra laisser le temps faire le reste. Quand à savoir si elle sera grise… »
Geor regagna, tant bien que mal, le centre de la salle d’opération sur un sol penché.
Une éternité se prolongea… Plus tard, bien plus tard M’Attente rompit le silence pour délivrer une nouvelle inattendue.
« Je capte une info en provenance des relais info-pilote, ils sont en cours de réparation. »
Geor resta interdit. La possibilité que quoi que ce soit puisse subsister à l'extérieur du globe vitrifié dans lequel il se trouvait, lui semblait tout bonnement impossible.
« Tu peux m'en dire plus. » demanda t-il à l’Intelligence.
« Il semblerait que le servant armement soit en phase de redevenir opérationnel. » répondit M’Attente prosaïquement.
« Dans quelle mesure ? »
« Un instant... Une FDM, trois charges solides et ... »
« Et ? »
« Et un process d'auto destruction. Mais il me semble que ce ne serait pas la bonne solution, il propose une alternative sur laquelle il aimerait que nous réfléchissions. »
« Je t'écoute M’Attente, voyons voir. »
« Il dit que si l'on arrive à bien positionner les charges au plus près de la croûte terrestre, aux environs du cratère, leur explosion pourrait provoquer une résurgence massive du magma, qui éventuellement ramènerait le Coffee à la surface. »
Geor éclata de rire. Jamais il n'avait entendu de telles élucubrations venant d'un info tactique. Mais le plan ne pouvait que lui plaire. La perspective d'agir, même s'il s'agissait de courir à sa perte, valait toutes ses tentatives psychanalytiques sur M’Attente.
« Et comment pense t ' il amener les charges ? » demanda Geor.
« Je n’ai plus de contact, je pense qu’il se concentre sur sa tâche. C’est étonnant il n’a pas attendu notre réponse. Je ne suis pas sûre que l’on puisse vraiment compter sur son intégrité. Il doit être défaillant.» répondit laconiquement M’Attente.
 
Le central informatique migra vers l’enceinte du poste médical peu de temps avant l’explosion. Toute l’énergie disponible fut dérivée vers cette zone et Geor s’enferma avec M’Attente  dans une des cuves du bloc opératoire pourvu de son propre champ anti-G.
Au terme des préparatifs, le vaisseau ne se résumait plus qu’à une carcasse carbonisée rongée par la lave, écrasée sous la pression d’un océan de magma. Mais au centre de ce dédale de coursives transformées en veine d’un sang de feu, un globe d’énergie narguait les lois de la physique et protégeait ce pour quoi il avait été créé et dompté, la vie du dernier survivant du Coffee.
Geor avait demandé qu’on lui épargne le long compte à rebours. Souvent, durant sa vie de pilote , il lui était arrivé d’entendre un homme ou une machine égrener ainsi les secondes. Dès que la situation devenait un tant soit peu aléatoire, dès qu’une synchronisation des actes et des pensées était requise, dès que la vie ne se résumait plus qu’au chiffre zéro.
Mais cette fois il s’offrit la surprise du moment. Et lorsqu’il arriva, il se dit qu’il aurait préféré savoir…
Ce qui l’effraya d’abord, ce fut la lenteur avec laquelle la sphère anti-G se déformait. Il lui semblait voir des mains géantes tout autour de lui pressaient fortement le globe, tentant d’atteindre un objet au centre d’un fragile ballon de baudruche.
Le volcan s’étrangla et rassembla toute son énergie à expulser l’élément étranger qui, si petit soit il, avait bousculé le fragile équilibre qui le faisait taire depuis bien longtemps. La gueule du monstre se fissura sur toute sa hauteur, le col rocheux fut transpercé de toutes parts d’un millier d’échardes iridescentes. Roches liquides et blocs de plasma partirent à la rencontre du ciel blanc, la croûte terrestre entourant le cratère ondula furieusement, des crevasses de plusieurs centaines de mètres de longueur zébrèrent le sol pour se refermer immédiatement, comblées par les éboulements monstrueux qu’elles provoquaient.
Alors, une seconde durant, le temps se figea. Un silence voulut émerger du vacarme. Mais cet instant fut court, juste le temps suffisant pour que le machiniste orchestrant cette pièce de fin du monde abaisse le dernier levier. Un pan entier du manteau planétaire se souleva et fut expédié en fragments éparts dans l’atmosphère, mettant à nu une mer déchaînée d’un magma plus écarlate que le sang. Parmi les scories, les bombes volcaniques, les agglomérats de roches et les flots de laves catapultés à plusieurs kilomètres d’altitude, un homme, faiblement protégé par le champ de force défaillant d’une épave de vaisseau, effectuait son baptême de l’air dans le ciel de cette planète
L’homme rêvait qu’il déambulait sur les trottoirs en cristal de la rue Shazad de la cité d’Irfou sur Omra. Il pensait à la femme qu’il venait de quitter, quand son pied glissa, il perdit l’équilibre, son cœur s’emballa et il s'évailla. »
M’Attente lui avait injecté de puissants stims et il se sentait nauséeux et en proie à de violentes palpitations. Il descendit de la table chirurgicale sur laquelle il se tenait couché. Cette dernière se trouvait au centre d’un globe de verre refroidit depuis peu, lui même enterré sous ce qui ressemblait à de la cendre maculée de particules brillantes. Un rayon de lumière perçait l’atmosphère poussiéreuse, provenant d’une cheminée ouverte au sommet de la sphère. M’Attente, immobile, semblait en garder l’entrée.
« En y mettant un peu du mien, je pense pouvoir vous hisser jusqu’à l’extérieur, mais il serait bon de se hâter. » lui dit l’Intelligence. « Je ne crois pas que le module médical soit en mesure de maintenir bien longtemps cette issue ouverte. »
« Alors hâtons nous M’Attente, hâtons nous… »
Au terme d’une brève ascension dans un puit de deux trois mètres de haut, Geor se retrouva à l’air libre, petit être vivant au centre d’un océan figé de sable noir.

Le Tétraèdre

Dans le sifflement strident de ses disques cinétiques "Constante Contrainte" hissa Geor au somment de la cheminée de cendre. Le champ de confinement qui maintenait le puits ouvert se fragiliser de toute part et des rivières de sable fin perçaient le long du court boyau.
 
Tant bien que mal l'étrange attelage émergea, Geor se retrouva à l’air libre, petit être vivant au centre d’un océan figé de sable noir. Dans un premier temps la clarté fut telle qu'il ne put que cligner des yeux, incapable de ne rien voir. Il entendit vaguement l'Intelligence lui répétait avec insistance un conseil, mais ne put tout de suite le comprendre.
"Mais en quelle langue faut il que je vous le dise humain, vous vous trouvez au centre d'une plage de sable mouvant, le champ A.G. va céder d'un moment à l'autre, et la bulle d'air que nous venons de quitter va s'affaisser sur elle même. Alors, si vous voulez pas mourir bêtement après avoir fait tout ces efforts pour survivre il serait bon d'effectuer une légère translation au moyen de vos deux jambes. Me suis je bien fait comprendre?"
Geor pensait qu'il n'avait jamais autant souffert en écoutant quelqu'un parler. Son cerveau était parti en ballade ou resté au fond du volcan. Penser lui faisait mal et il aurait voulu changer de peau immédiatement. Pourtant le message de "Constante Contrainte" était passé. Et lentement, se laissant tomber à quatre pattes, il se traîna à la périphérie du cercle que l'on pouvait déjà discerner dans le sable.
Puis, soudain, le Coffee mourut définitivement, le champ céda à quelques mètres sous les pieds de Geor Une multitudes de sifflements perçaient au travers du sable, emportant ce dernier en autant de petits geysers poussiéreux. Cela ne dura qu'une secondes ou deux. Geor se retrouva à mi pente d'un petit cratère, enfoncé jusqu'à la taille dans la cendre. Il décida de se reposer là un petit moment.
Pas longtemps.
La tête penchée en avant il observait, immobile, ses ombres projetées face à lui. Un vent lourd et chaud agitait ses cheveux au ralenti. A intervalle régulier, le sang affluait massivement à son cerveau et le faisait grimacer de douleur. Mais entre ces coups de torture Geor était plutôt serein.
Il y'avait pourtant un détail qui, de plus en plus, s'imposait à son esprit, le contraignant à abandonner la torpeur dans laquelle il s'était retranché.
Levant une main tremblante, il voulut se protéger d'un contre jour aveuglant pour déterminer ce qui le choquait dans le paysage avoisinant. Mais le soleil avait un jumeau et il n'arrivait pas à cacher les deux astres d'une seule main. Il voulut utiliser l'autre, mais son corps ne le portait plus, il s'affaissa en avant et ... s'endormit.
Quand il se réveilla, il était couché et à l'abris des soleils. "Constante Contrainte"l'avait extirpé de son trou et traîné non loin de là, à l'ombre de la structure qui l'avait tant intrigué. Il allait un peu mieux et pu enfin étudier cette dernière. Il s'agissait d'un vaste cube d'une cinquantaine de mètres de coté et dont il ne subsistait plus que les arêtes. Celles ci était semblables à de grosses poutres et sur toute leur surface on pouvait voir un espace sombre, parsemé d'étoiles lointaines. Peut être étaient elles transparentes, peut être pas. Toujours est il que leur ombre projetée était providentielle et rafraîchissante. La structure, que Geor nomma Tétraèdre, était enfoncée d'un bon quart dans la cendre.

Le Fief

Katria s'était aménagée, durant son dernier voyage d'apprentissage, un bureau au sommet d'une tour télémétrique d'un secteur scientifique désaffecté. Elle aimait s'y rendre lorsque les problèmes devenaient trop nombreux et qu'elle se voyait obligée de se décharger de certaines tâches sur des centres de traitements secondaires.
 
Pour l'instant son travail était avant tout un travail de production. Elle avait envoyé depuis une quinzaine de jours la presque totalité de ses meilleures Intelligences naviguatrices. Celles ci avaient sondé l'espace proche à la recherche des sources énergétiques les plus adaptées à la consommation gigantesque dont Katria allait bientôt avoir besoin pour produire une infrastructure d'exploitation digne de ce nom.
Une Intelligence partie en éclaireur se manifesta six jours après son départ. Ses trames fines de communications indiquaient une distance parcourue étonnante pour si peu de temps de voyage. Le nom de cette Intelligence était Pointe - Aventure et son message celui ci :
- "Le bonjour Katria. J'ai sous les yeux une belle aberration qui pourrait fort bien illuminer votre journée et faire débuter notre périple sous les meilleurs auspices."
Suivait une image holo d'un simple scan iruv révélant un petit système sans planète mais doté de six jeunes et puissants soleils. Les six astres formaient une ronde parfaite. On aurait pu dire que le premier était le blanc aveuglant et le dernier le rouge grenat. Les quatre autres qui les reliaient d'un dégradé justement reparti, donnaient à l'ensemble une impression de mouvement impossible.
Katria savait que les probabilités pour qu'une telle configuration existe tendait à l'infiniment négligeable. C'était pour elle une source inespérée et considérable d'énergie. La possibilité de puiser des ressources à satiété sans pour autant épuiser et détruire l'astre nourricié. Elle décida de passer outre la procédure habituelle et de changer immédiatement de point d'ancrage. Elle partit en direction de ce système qu'elle nomma "le Fief". C'était un tant soit peu arrogant et pas vraiment diplomate quand au futures générations de colons qui auraient à s'y rendre mais l'idée de se blottir au creux de ces soleils lui plaisait. Katria avait toujours était un peu frileuse.

Qui!

Lû-U-ûna tendit une pensée d'observation vers l'espace rapide et formula sa requête.

- "Espion rend toi à l'endroit de l'intrusion. Observe sans être vu, capte, mémorise et revient apaiser ma curiosité, allez file, hâte toi!"

 

La petite boule soyeuse de pure pensée ronronna de contentement, s'éleva au niveau des yeux de l'ange translucide et s'effondra dans ce plan pour se re - déployer dans l'espace rapide.

- "Vite, je fais vite, et tout le monde est content, vite!"

Katria sursauta devant l'inattendu. Tout ses sens étaient tendus vers l'espace normal alors qu'elle se mouvait avec prudence entre les astres, les planètes et les champs d'astéroïdes du territoire qu'elle avait choisi de traverser.

Une information de l'Intelligence régente de son antenne stabilisé en espace rapide s'immisça au sommet des piles de process immédiats grâce à certains codes d'urgences.

Katria ralentit et se déchargea de certaines tâches sur son servant navigateur pour lire la missive.

L'Intelligence qui s'adressait à elle par le biais de ce protocole un peu particulier s'appelait Constante - Construite et avait en charge la base relais que Katria avait installé en Triche lumière pour le raffinage de l'énergie brute en énergie exploitable par l'Algorithme de Troie implémenté dans ses Intelligences. Géographiquement cette base n'avait pas véritablement d'emplacement. Il s'agissait plutôt de l'embout d'un périscope qui pointait à la surface de nulle part. Mais par l'entremise de cette structure Katria pouvait voir très loin dans le Triche et par la même plus loin encore dans l'espace normal. Constante - Construite l'interpella d'un :

"- Katria, bonne amie, vois et active tes pross législatifs, il semblerait que nous ne soyons pas seul dans ce coin de galaxie."

Katria stoppa net. Elle figea toute sa structure dans un champ gravitique qui la fit échapper à toute inertie. Des milliards de tonnes de matière jetée à des vitesses luminiques et qui s'arrêtaient en une distance quasi nulle. Katria retenait sa respiration. Toutes ses Intelligences figées dans la même pensée, toutes suspendues aux visions de Constante - Construite...

La famille Denuen

Sur un satellite d’une lointaine planète une ombre persista. Elle ondulait au grès des océan de roches, c’était la main géante qui ferme les paupières d’un monde mort depuis fort longtemps. Katria, perchée sur un œil gargouille admirait le crépuscule artificiel qu’elle faisait naître sur ce petit îlot de terre perdu aux confins des confins.

 

-" Katria, le tech Denguien, la prob Saguien et leur fille Prosasong sont réveillés. Ils vont biens et leur taux de récupérations physiques et mentales est tout à fait satisfaisant ."

Katria sauta de son perchoir, pour atterrir dix mètres plus bas près du petit rob.

-" Merci Lokat, crois tu qu’ils accepteraient une invitation à dîner pour ce soir. "

-" Je leur transmettrai l’invitation. D’un point de vue médical je n’ai pas de raison de m’y opposer si tu respectes quelques règles de diététiques simples à l’usage du réveil des dormeurs . "

-" Alors en cuisine Docteur, le dernier arrivé paye sa tournée. "

Lokat n’eut pas le temps de demander de quelle cuisine il s’agissait, l’image de Katria s’était déjà volatilisée.

Pour l’occasion Katria avait reconstitué

Tacine

Quelques détails sur l'histoire de Tacine, un passager pris dans la tourmente de Katria.

Trames de l'étude des Traceurs de Méridiens 170900

Insondables ténèbres, que ne m’avez vous laissé à d’insignifiantes études sur l’optimisation du thésaurus de la bibliothèque itinérante des scoutes orphelins du palais impérial ?
Non, au lieu de cela, vous avez décidé de me précipiter dans la plus terrible aventure qu’il ait été possible de vivre par un malheureux citoyen de classe 6 (et encore… à peine).
Mais laissez moi vous en dire un peu plus. Zaggedon, le monastère, vous vous souvenez ? Mais si, rappelez vous. Après avoir eu quelques soucis avec les autorités de l'astroport de « Grande Descendance », pour détention illégale d’une représentation de Katria, je fus obligé de me cacher un temps au sein de la communauté des prêtres Géom. Je devais me faire oublier, tout du moins jusqu’à ce que ma requête auprès d’Admin III (notre Intelligence juge suprême) soit entendue.
Elle le fut. TH Judex (l’autre nom d’Admin) consentit à m’offrir la protection que je lui réclamais. Protection nécessaire pour que je puisse finir mon étude. Mais je devais pour cela céder l’image de Katria. Cela me parut, alors être correct. D’autant plus que j’avais depuis longtemps publié la dîte représentation sur la toile.
Je parti donc à destination de Noce, une planète frontalière où je serai admis dans une nouvelle garnison de la division intervention. La perspective de me retrouver dans un environnement NT4 (de faible niveau technologique), sur une planète encore vierge, au sein d’une jeune colonie, avait tout pour me plaire.
Je n’atteinis jamais Noce.
Peu après l’intrusion du Tabron (le cargo marchand au bord duquel je voyageais) en Triche Lumière, je fus pris d’un violent mal de l’espace. Ce fut comme si le vaisseau avait perdu son champ de normalisation et que je me trouvais nu, crucifié au milieu d’un incompréhensible paysage. J’avais l’impression d’être une tête de proue d’un navire lancé à grande vitesse au milieu des follets, des cathédrales et des lames salines de cette espace si étranger à nos esprits.
C’est dans cette insupportable situation que le Tétraèdres m’apparut (par la suite j’ai réalisé, de lui, cette rapide esquisse). Il s’adressa à moi, comme si j’étais un élève attentif, alors que la seule chose à peu près cohérente que je réussis à faire, fut de me vomir dessus, secoué par de violents spasmes. Il me raconta l’histoire de Geor, il m’incita à rejoindre Katria et prononça quelques prophéties au sujet du messie Solune. Mais déjà je n’écoutais plus. Un étrange phénomène réussit, malgré ma nausée, à capter toute mon attention. L’image du Triche Lumière m’apparut soudain comme une délicate tenture animée. Et sous ce drapé, à la limite de mon champ de vision, un petit animal semblait glisser, comme le ferait un petit rongeur sous un drap, cherchant une sortie éventuelle. La créature se figea soudain. A n’en pas douter, elle avait fleuré l’odeur du Tétraèdre. C’est du moins l’idée que je me fis de son attitude. Elle resta immobile comme cela, durant un court instant. Et elle fondit sur sa proie à une vitesse terrifiante !
A quelques distances du Tétraèdre, elle déchira le voile de l’espace et se montra dans toute sa cruauté. C’était en fait un scorpion gigantesque, noir et à la puissance inégalable. Ses deux pinces luisantes s’emparèrent du Tétraèdre qui n’eut pas la moindre chance d’échapper à son funeste destin. L’aiguillon du scorpion frappa huit fois. Au huitième assaut, la solide structure céda, se brisa en trois parties dans une déflagration aveuglante. Je crus percevoir un cris, un cris de victoire… un cris primitif.
Pour la première fois de ma vie, je venais de voir un vaisseau scorpionnaute en action. Sachez que la légende est bien en dessous de la vérité. Il est inimaginable que l’homme ai pu mettre au point une telle arme. Et bien plus inimaginable qu’elle soit aux mains de ces hommes. C’est du moins ce que je pensais avant de rencontrer l’équipage de ce navire et son capitaine.
A mon grand soulagement nous quittâmes le Triche Lumière pour réintégrer l’espace normal. Notre Tabron fut arraisonné par le vaisseau scorpionnaute et l’on me transféra à son bord. La première sensation qui me frappa lorsque j’ouvrit les yeux après ma téléportation fut l’odeur de ménagerie qui régnait dans les lieux. Il devait y avoir pas moi de dix individus dans la petit salle où j’avais atterri. C’étaient tous des scorpionnautes. Et pourtant, bien que l’on ne put un seul instant, douter de leur appartenance au même corps, tous avait une attitude et une apparence bien distincte. Tous n’étaient pas humains. Je n’avais vu certaines des races ici représentées que dans d’anciennes archives poussiéreuses. Certains, proche de moi, se tenaient droit et portaient fièrement la combinaison noire à pointes marquée du sceau du scorpion. D’autres, plus jeunes, étaient perchées comme auraient pu l’être des singes méfiants, sur des poutrelles métalliques. Un homme et une femme, couvèrent de peintures de guerre grossières, formaient un couple enlacé, assis à même le sol. Tout deux me fixaient, comme ce qui semblait être leurs frères et sœurs, le faisaient aussi. Il y’avait aussi des ombres. Je ne saurai les nommer autrement. Elles étaient là, quelque part, sans que jamais vous ne puissiez les saisir du regard.
Tout ce petit monde dégageait une telle force, une telle puissance destructrice, un tel potentiel de violence, que le fait d’être ainsi le centre de leur attention m’amena illico au bord de l’évanouissement.
Je déglutis, me tordit les mains à m’en casser les doigts, fut prêt à en appeler à la supra protection d’une adminicule, quand il apparut soudain.
Je n’avais pas baisser les yeux, même pas clignait des paupières, et pourtant il était là, devant moi, déjà impatient de ne pas être ailleurs.
Il était entouré de ses proches. Le Bashar Parisse et ses fidèles guerriers de le permanente apocalypse !
Pour les ignorants (ou les ermites perdus dans leur phare bibliothèque, sur leur astéroïde caillouteux du fin fond de la galaxie), sachez que Parisse et le chef des scorpionnautes, la garde prétorienne de l’Impératrice régnante. On dit de lui qu’il est le dissident anti impériale le plus dévoué à Shtélani (la dîtes impératrice)… un mystère en somme. On dit également de lui que c’est le premier casse monde humain.
Il posa sa main sur mon épaule. Ce que j’éprouvait à ce moment je ne le souhaite à personne. Je voulut mourir du plus profond de mon cœur. Oui, je l’avoue, rien ne m’eut fait plus plaisir de d’avoir périt l’instant d’avant si cela eut pu me soustraire à ce simple contact.
Il eut l’air déçu. Peut être  s’attendait il à trouver autre chose… Mais de me voire là, à ses pieds, souillé et pleurnichant, implorant une quelconque pitié alors même qu’aucune sanction n’avait été prononcé, sembla l’agacer. Je n’ai pas honte de vous décrire mon humiliation, car je sais que ceux qui en rient sont ceux qui n’ont jamais croisé le regard d’un scorpionnaute.
Ils échangèrent quelques sons gutturaux. C’était du Shakopsa, un ancien langage de bataille utilisé jadis par une tribus guerrière qui eut son importance dans notre histoire impériale. Je connais ce langage, je l’ai appris avec J. P. Jarvis en sixième année d’université, plus par jeu que par réelle nécessité.
Ils discoururent ainsi, avec beaucoup de circoncision, du sort qu’il me réservait. La mort d’un coté, la liberté de l’autre et l’emprisonnement au centre. Leur suffisance, leur arrogance à ainsi disposer de mon existence me fit relever la tête et affronter leur regard. Je put leur répondre, employant les mêmes grognements rauques qu’eux.
« Du pied qui la foule, la connaissance s’en empare et le brise. »
« Du venin qui la paralyse, la vérité devient roche et perdure. »
« De la haine qui l’ignore, l’écrit se propage… »
Tout deux me regardèrent et après un court instant de surprise, Parisse partit d’un grand rire sonore.
« Et bien Tacine, voilà une litanie contre la peur des plus originale. Il faudra que tu me l’enseigne. » puis il me tourna le dos et partit, ajoutant avant de disparaître :
« De nos jours, seule ces litanies là comptent vraiment » Et il ne riait plus.
Je venait de gagner le droit de vivre encore un temps.
Depuis j’hante les couloirs étroits, sombres et fonctionnelles du vaisseau scorpionnaute. Nous traquons les Tétraèdres de Zaggedon, nous les pourchassons et les tuons sans aucune pitié. Je dis nous car la meute que constitue l’équipage de ce navire fantôme m’a adopté. Mon seule rôle est de leur conter les histoires de mon lutrin et d’écrire leur histoire.
Non, Katria je ne m’éloigne pas de toi. Non Katria, mes trames ne parlent de personnes que de toi. Car maintenant Katria, je sais. Je sais que mon histoire est tienne. Que moi, mes amis, les Tétraèdres, mes maîtres et Parisse même, ne sont que les acteurs de ta vie. Et je sais que , si j’arrive à survivre suffisamment, je te rencontrerai, et que ton secret enfin, sera à tout jamais révélé.

Milles et un matins

Rappel de la situation : moi, Tacine, suis toujours prisonnier dans un vaisseau scorpionaute.
Ce qui suit sont des fragments de mon journal. Je n'ai pas tout mis parce que franchement, beaucoup de passages y sont d'un pleurnichard navrant.
Il y'a de cela longtemps, maintenant
Ce journal devait bien voir le jour… un jour. Peut être suis-je arrivé au terme de ma misérable existence. La fin du pauvre petit apprenti bibliothécaire ballotté aux quatre coins de notre vieille galaxie pourrissante. Oui, croyez-moi, il n'a plus grand chose de reluisant notre triste amas d'étoile, berceau d'une civilisation qui a aujourd'hui rendez-vous avec sa fin… enfin.
Trois ans que je suis leur petit animal de compagnie. Trois ans… bien plus que mille et une nuits. C'est aussi par le récit des histoires de mes livres que je survis au matin le matin.
Au début, le risque de mourir à tout instant, victime d'une saute d'humeur d'un élément de la meute, m'a rendu fou. Et c'est sûrement cela qui m'a, bien malgré moi, sauvé la vie. Pour peu que l'on puisse considérer mon existence actuelle comme une vie.
L'incapacité de mon esprit à surmonter la crainte d'une mort perpétuellement imminente m'a poussé au suicide. Alors, je les ai provoqués. J'ai rassemblé tout mon savoir, ma connaissance et mon imagination pour les insulter comme jamais personne n'avait dû oser le faire.
Et ils m'ont refusé la mort.
Je ne suis pas sûr qu'ils aient pris cela pour du courage. Ils ne sont pas dénués d'une forme intelligence. Tout du moins, ont-ils une grande connaissance de l'esprit qui souffre et se bat pour survivre. Cette part du primitif qui vous échappe quand la raison ne peut plus vous sauver.
Ils m'ont écouté crier mes injonctions que je voulais humiliante. Je comprends aujourd'hui qu'ils se délectaient de ce qui était en fait les cris de détresse de ma raison vacillante.
Et puis vint un jour où ils se sont tous réunis autour d'un feu improvisé afin de réfléchir à une nouvelle stratégie pour leur éternelle campagne de destruction. Je les ai interpellés et traités de bêtes, de handicapés de la violence, tout juste bons à tuer leurs semblables et les autres, tous ceux qui pouvaient souffrir en somme. J'ai poursuivi comme cela, soutenant leur regard, défiant leur appétit sanguinaire, les appelant à la violence. La seule réponse que j'obtins vint de Parisse qui, non loin de moi, se tenait debout face à une 3D. Il me dit alors :
" Cesse donc, veux-tu, de nous importuner avec tes enfantillages… "
Puis, s'approchant de moi :
" Racontes-nous plutôt une histoire qui nous enseigne. "
C'était un ordre du Bashar.
J'obéis donc. Et depuis ce jour lointain, chaque fin de nuit, je leur conte une histoire de notre galaxie.
(…)
Un autre jour
Ma maîtrise des classiques, ma connaissance des textes oubliés, mon ton provocateur, la sincérité de mes paroles font de moi un conteur qu'ils apprécient.
A tel point qu'ils se rassemblent tous, régulièrement, dans la salle du partage pour écouter mes histoires. Je suis étonné de leur ignorance crasse de l'histoire. Je découvre tous les jours un peu plus le gouffre de leur inaptitude au savoir. Celui de la guerre mis à part, bien entendu.
(…)

Un des jours suivant

Au début, je ne cherchais qu'à les distraire, emmenant leurs pensées aussi loin de moi que possible. Mais l'intérêt qu'ils portent naïvement à mes récits, et les quelques réflexions censées qui naissent parfois de leur compréhension primaire de l'ancienne gloire de notre empire me pousse tous les jours à plus d'audace, et mes contes prennent peu à peu un ton plus engagé. Mes paroles se politisent, je sens avec quelle facilité je peux guider leurs pensées, influencer leurs intellects.
(…)

Le jour où je perds mes mains… et mon oreille

Je ne suis pas peintre, juste bibliothécaire.C'est par la main d'un instructeur que j'ai payé ma faute.
Ce matin, alors que je suis en train de partager un maigre repas avec mes nouveaux disciples, le sergent Pariarota fait irruption dans la cantine, se dirige d'un pas rapide vers notre table tout en activant le mono filament d'un neuro fouet. Les Asseïes (jeunes loups de la meute) assis autour de moi, bondissent tous à bonne distance de ma place, se positionnant en garde de combat.
J'esquive un mouvement de fuite, mais ne réussis qu'à tomber à la renverse. Ma tête va cogner violemment contre le rebord de ma chaise, et je me mords la langue jusqu'au sang. D'un geste souple, rapide et précis, Pariarota enroule le mono filament autour de mes deux mains. J'évite de bouger, sachant que la moindre tension sur le fil invisible me découperait instantanément les poignés. Je suis à genoux, j'essaye d'accompagner au mieux les mouvements du sergent. Déjà, le fil touche mes os…" Tacine, tu compromets l'entraînement de mes jeunes Asseïes… "
Etrangement, il n'y a pas de colère dans sa voix, juste des reproches.
" … Ce matin, j'ai dû en tuer trois de mes mains, pour rappeler aux autres, que pour nous, seul compte la meute, le combat et l'Impératrice. Il faut que tu cesses de les détourner de leur devoir par tes commandements stériles. "
Et il tire d'un geste sec sur le manche du neuro-fouet. Mes deux mains tombent sur mes genoux.
" J'espère que tu sauras t'en souvenir, lorsque tu leur raconteras d'autres histoires. "
Je suis sur le point de tomber dans mon sang mais il me retient par l'épaule.
" Tu as payé pour mes deux premiers élèves… voici pour le troisième. "
Il me tend une oreille parfaitement découpée. Et, comme je n'ai rien pour m'en saisir, il me l'enfonce violemment dans la bouche.
C'est en partant, avant de passer le seuil du sas qu'il se retourne et me lance :
" Et remercie Orphitale de Condor de te protéger de la mort. Tu devines que sans elle, ce ne sont pas tes mains et une oreille que j'aurais prises de toi, mais bien ta vie ! "
(…)

Orphitale de Condor

Orphitale de Condor, mais qui est-elle ?
(…)

Mes mains repoussent

Ce ne sont encore que deux petits moignons, des mains de nourrissons attachées à un corps vieillissants de plusieurs jours par jour. Dans une semaine elles seront ajustées à mon age. Pour ce qui est de mon oreille, j'ai demandé à l'Intelligence médecin de la placer dans un bloc de cristal… cela fait un collier des plus original.
Orphitale de Condor… ainsi je dois la vie à quelqu'un.
(…)

Je suis devenu l'Ecuardia du Meneur Pariarota

Un Ecuardia est un ennemi que l'on ne peut tuer. Rien ne semble plus pouvoir m'atteindre désormais. Je me sens étrangement en sécurité. Depuis quelques temps.
(…)

Le jour où je reprends ma route

Une jeune scorpionaute a ébauché un geste de protection en ma faveur, hier, alors que nous déambulions ensemble dans une coursive, tout en discourant sur l'élément réducteur du concept primordial de l'omni entité psy. C'est alors que le sergent Pariarota a jailli d'un élévateur, à quelques mètres devant nous. Il était en sueur, ses muscles saillants et le visage renfrogné. Il sortait sans doute de l'une de ses trop longues séances d'entraînement qu'il s'infligeait pour m'oublier, moi son Ecuardia. Et de me voir là, discutant tranquillement, en toute impunité avec l'un de ses Asseïes, le pervertissant sûrement, l'éloignant de la cause scorpionaute, de me surprendre ainsi le plongea dans une profonde confusion.
J'ai alors lu dans son regard qu'il ne respecterait pas l'interdiction qui l'empêchait de me tuer, qu'il préférerait mourir lui-même si cela était nécessaire à ma disparition.
Etrême, la jeune scorpionaute qui m'accompagnait, dû le comprendre aussi. Elle réagit immédiatement et s'interposa entre moi et son instructeur en position de défense. Nerveusement, conscient de n'avoir aucune chance face à son aînée, elle lui dit tout de même :
" Cet Extrom (littéralement : " être hors meute ") ne doit pas mourir. Son destin dépasse les voies de notre clan. Respecte l'ordre du Bashar. "
Interloqué, ignorant de l'attitude à adopter face à une telle insolence, Pariarota recula d'un pas, puis fit volte face et partit.
Pour ma part, je compris, à ce moment précis, que ce que je venais de vivre cette dernière année avait été programmée par quelqu'un, que jamais il n'avait été dit que mon histoire s'arrêterait là, à bord de ce navire. J'étais impliqué dans la trame d'une histoire-mouvement complexe. Et l'instigatrice de cette folle épreuve dont je sortais si différent ne devait être rien d'autre qu'Orphitale de Condor, ma soit disant protectrice…
(…)

Convocation

Quelques mots, écrit rapidement sur le quai d'appontement de mon ancienne prison scorpionaute. Dans moins d'une heure, j'aurai quitté la meute. Mais revenons à la veillée d'hier.
Je suis convoqué dans la chambre du Bashar.
Je m'y rends d'un pas lent. Je vis au ralenti la douce renaissance de mon esprit. Je n'ai plus peur. Il me semble avoir partiellement comprit, et mon ignorance de la complète vérité ne me plonge plus dans l'effroi. Il ne subsiste plus qu'une profonde et bienfaisante curiosité qui n'ouvre sur un futur de nouveau possible.
Le lourd sas de la cabine s'esquive en silence et j'entre, la tête baissée, perdu dans mes pensées. Ce ne sont que quelques longues secondes plus tard que je prends conscience de l'endroit où je suis. Face à un grand lit traditionnel dans lequel trône le Bashar Parisse, chef de toutes les meutes scorpionautes de cet univers. A ses cotées, blottis au creux de ses bras, une femme me regarde et sourit. Un sourire malicieux, une invitation à oublier ma souffrance passée.
Elle regarde Parisse, toujours imperturbable, puis se retourne de nouveau vers moi et part d'un petit gloussement très satisfait. Elle saute au bas du lit, entraînant le drap avec elle qu'elle s'enroule autour du corps pour cacher sa nudité, exhibant par la même celle du Bashar. Ce dernier évoque une telle menace dans sa posture et sa force que j'en oublis un temps la femme tournant autour de moi et m'examinant sous toutes les coutures.
" Très cher Tacine… " dit-elle.
Je lui réponds :
" Etrange Orphitale de Condor "
Elle me murmure à l'oreille :
" Il était temps que nous nous rencontrions. "
Elle s'assoit su un coffre, à quelques pas de moi, et croise les jambes tout en continuant de me gratifier de son sourire moqueur. Elle me demande :
" Aimerais-tu faire un voyage avec moi, Tacine ? "
Je ne peux m'empêcher de répondre :
" Je ne voudrais, en aucun cas, rendre votre époux jaloux. "
Elle rit.
" Là où je veux t'emmener, j'ai bien peur de devenir la dernière de tes préoccupations, mon petit rat de bibliothèque. "
" Et où est donc ce mystérieux endroit, madame ? "
" A bord du Katria, Tacine, à bord du Katria bien sûr… "
(…)

Plus tard

Nous sommes à bord du Chabert, un dauphin céleste qui nous emmène à l'astroport Rch394-5555. Le monstronef Individu Perdu, propriété inconnue de la sixième légion scorpionaute nous y attend. Il devrait nous emmener dans la lointaine galaxie Obsidienne au terme d'un voyage de trois jour par effondrement. C'est la grande prêtresse Orphitale qui dirige cette expédition clandestine. Clandestine car à destination d'une galaxie officiellement déserte mais en réalité peuplée d'un milliard de mondes habités. Habités des enfants de Katria.
 

Première lettre d'Irien Démester

Curieux Tacine,
Je réponds à ton invitation et te livre tels quels les souvenirs qui restent encore solidaires de ma trame-mémoire.
Pour ma part, tout a commencé sur Dizir IV, planète perdue aux confins du système de Malifry, qui ne doit sa dénomination de planétoïde qu'aux mines d'ultra-cuivre noyautant les sous-sols. Méta-usines et monstronefs d'exploitation, tel fut le décor que mes oreilles ont pu percevoir pendant trop d'unités temporelles locales. Et oui, étant né aveugle, l'ouïe est le seul sens qui me permit d'être à égalité avec un citoyen impérial standard !
J'appris la Celestzik avec mon maître en toutes choses, le dénommé Déotek, chantre de la mélopée versatile, archange de la gamme dyoclisienne, adorateur du minibeat et, enfin, prophète éclairé de l'omnizik suprême. Dans ces conditions, tu comprendras qu'il me fut difficile de ne pas succomber à la virtuosité d'un tel professeur qui m'ouvrit tout grand les portes d'un univers musical sans précédent. J'étais comblé !
C'est au cours de ma trente-cinquième année que Déotek disparut de sa trame, emporté trop rapidement par la rouille-mort. Je ne m'étendrais pas sur les affres de cette maladie, mais saches que Déotek n'a pas franchi ce cap aussi paisiblement qu'il le méritait. Orphelin de coeur, je quittai par la suite Dizir IV pour transmettre au vaste empire les clés secrètes que Déotek m'avait enseignées...
Je fus réellement servi quant à la mégavastitude de l'Empire !!! L'art de Déotek était si achevé que je n'eu aucun mal à me greffer auprès de protecteurs avides de jouer les mékèns, afin de tromper l'ennui si caractéristique qui peut régner chez les puissants. Il faut croire que ma renommée fut grande puisque même Son Omni-Altesse Shtélani la Cinquième accepta de me recevoir le temps d'une année sur Prima. Après un tel séjour, tu peux me croire, la perspective de retourner jouer l'archao-trubadur auprès de petits princes prétentieux me laissa de glace.
Et c'est toi, curieux Tacine, qui fut le premier à me parler des Traceurs alors que j'atteignais avec effort ma cent quatre-vingt-cinquième année. Toute une vie remplit d'honneurs, et surtout de Celestzik ! La fin de ma trame approche, je le sens, et même la science des Modi-Teknos n'y pourra rien. Et puisqu'il me reste tout de même quelques décennies standards, je souhaite approcher un Traceur, quelque puisse en être les risques. Comme tu l'as deviné, c'est la Celestzik qui me servira de carte, d'appât et de laissez-passer. Enfin, je l'espère...
Voilà, ce fut un peu bref mais après tout, l'essentiel y est ! Je ne manquerai pas de suivre les trames accessibles depuis ta Toile afin d'y puiser les méta-infos indispensables à ma folle quête, et j'y ajouterai mes propres découvertes si leur pertinence résonne jusqu'à toi.
Que l'Omnizik reste en ton coeur !
Irien Demester
(Emis de MGL47, route galactique en supraformation)

Seconde lettre d'Irien Démester

Ove Tacine !
Voici la suite de mes pérégrinations zikiennes. J'espère que tu as archivé la première partie envoyée il y a déjà bien longtemps. Pour ma part, je n'en ai plus la moindre trame...
Je t'enverrais une autre fois la suite de ces souvenirs. Ils finiront par rejoindre notre trame actuelle, car mes rencontres avec les Traceurs ne sont qu'au nombre de deux, ce qui est déjà exceptionnel.
Puisse la troisième rencontre se faire en ta compagnie !
Irien Demester
Première rencontre
Khéor : voilà un nom qui résonne encore douloureusement à mes oreilles.
Après avoir quitté la cour de son Omni Altesse Shtelany, je pris un Léhouine en direction des mondes frontières de la ceinture Adhiran. Las des jeux politiques, je ne souhaitais qu'un peu d'isolement pour composer ce que je pensais être un chef d'oeuvre, l'ouvrage d'une vie, la quintessence de mon art. Comme tu vas le voir, il en fut tout autrement...
Adhiran est un système perdu, où seuls les pionniers de la Guilde et les fous de l'Eglise de la Conscience Universelle se sont installés dans l'espoir qu'un jour, cette parcelle d'univers trouve sa place au sein du vaste empire. Et oui, mon cher Tacine, leur raisonnement reste logique même si son échelle temporelle dépasse l'entendement d'un citoyen impérial. Un jour, peut-être, ces mondes frontières ne s'appeleront plus ainsi car d'autres voies auront fait reculer ces limites, intégrant de fait Adhiran aux routes commerciales de fréquentation moyenne.
En attendant cet hypothétique instant, la joyeuse clique vivant sur les trois planètes de classe C d'Adhiran s'affairait, tant pour l'implantation de pan-infrastructures dignes de ce nom que pour échapper, si cela reste possible, aux sbires de l'Admintek. Planète-Franche, Libre-Concession, Zone Utopique de Débordement, autant de termes pour signifier un contrôle relatif de l'Empire sur le kha-cosmos d'Adhiran.
Fraîchement débarqué sur Kassiop, la plus viable des trois planètes d'Adhiran, je dus immédiatement jouer des coudes pour me faire, à mon tour, une petite place au paléo-sol. Après trois révolutions passées à chasser le Golp dans les marais putrides de Kassiop, j'avais acquis suffisament de GP (Golp Points) pour être admis dans la cité suspendue de Kassiopène, unique ville et donc capitale de cette planète peu hospitalière.
Mes talents de Compos CelestZik furent accepté avec froideur au début, mais finalement, mes co-planétaires furent heureux d'avoir un Bruyant pour égayer les incontournables soirées où le Pagolp coulait à flot, sorte d'alcool NT1 issu de la fermentation déplorable des sécrétions salivaires du golp. Tout sur Kassiop revient inévitablement au golp !
Je ne te raconterai pas les 29 révolutions qui ont suivies, sache simplement que mon oeuvre majeure n'avait pas avancé d'une zhénote, car je me contentais de laisser le temps s'écouler, me noyant dans le Pagolp le soir et en supportant les post-effets pendant la journée.
Un jour, celui-là même qui a tout déclenché, une étrange effervescence s'est emparé de Kassiopène. Les braillards enivrés que nous étions sont redevenus, pour un court fragment temporel, des citoyens impériaux appartenant à un vaste ensemble cosmique. Le Khéor croisait le kha-cosmos d'Adhiran ! Sans réellement comprendre qui était ce Khéor, je suivais le mouvement et me retrouvais à bord d'un appareil de transit au sein d'une foule pour le moins excitée, bavassant sans relâche qu'un Traceur était présent et que c'était un spectacle à ne pas manquer car il n'existait rien de tel, à part peut-être les hallucinations provoquées par le mélange Xys-Pagolp.
A ces mots, une étrange fièvre me chatouilla les méta-coronaires avancées. J'avais déjà entendu parler de ces Traceurs, vaisseaux conçus pour l'ultime exploration, mais une seule personne en fut passionné au point d'y consacrer sa vie : un certain Tacine. Contagieuse est ta passion, ami ! Sans vraiment comprendre pourquoi, sûrement les vapeurs du Pagolp qui devaient composer 95% de notre air en cet instant, je sentais que la CelestZik venait des Traceurs, que mon maître les avait rencontrés et que, tôt ou tard, il faudrait payer le tribut au créateur.
Un bourdonnement fit taire l'assemblée. Sur l'écran teknos apparaissait les premières lignes diffuse du Khéor. Pourquoi avait-il choisi de passer en espace normal dans ce secteur, nous l'ignorions. Peu importait, le spectacle était saisissant. Au fur et à mesure de notre progression la vibration sonore se fit plus musicale et déjà, mon oreille exercée pouvait percevoir l'extrême mélodie partiellement camouflée. Ma sensation initiale était exacte, la Celestzik venait des Traceurs ! Je pouvais en reconnaître les accords honiks, les clés arpégiales et les trilles enlacées. Mais c'était encore plus magnifique que ce que j'avais pu entendre, mes pauvres compositions n'étant qu'un pâle calque de la réalité du Khéor et de ses frères Traceurs. Les larmes au yeux, je connus une extase telle que je n'ai pu voir la moindre image du Khéor : je ne savais pas à quoi il ressemblait, mais j'identifiais sa signature, son identité zik... avant de sombrer dans un coma que l'on qualifia de mystique par la suite.
La Conscience Universelle s'occupa de ma dépouille pendant les 34 révolutions de mon abscence neurale. Je me réveillais un beau matin, c'est à dire fouetté par les pluies diluviennes de Kassiop, persuadé d'être encore à bord. Une fois ma réalité temporelle synchronisée, il ne me restait plus que le souvenir de cette rencontre et de quoi composer pendant le restant de ma courte vie. Je compris que mon maître tenait son inspiration et son talent d'un Traceur, et à cet instant je sus que j'avais enfin atteint son inégalable maîtrise de la CelestZik.
Je quittais Kassiopène avec la ferme intention de répandre la CelestZik aux multi-coins de l'Empire et, si la chance me souriait, de retrouver la source de mon inspiration, de dialoguer encore une fois avec un Traceur...
O Tacine, cette période dans le kha-cosmos d'Adhiran m'a ouvert les yeux et le coeur ! Je comprenais désormais l'origine de ta passion, et m'émerveillait devant l'inspiration sans limites que procure la rencontre avec un Traceur. Puisse ta quête aboutir !