Et merde!

3.51 Mo de Trames 
Engoncé dans sa combinaison spatiale de manutention, Season tentait désespérément de contenir le feu vorace qui gagnait les compartiments annexes des réservoirs d’eau. Des nervures d’énergie blanche semblaient proliférer sur le sol et les murs du sas dans lequel il se trouvait.
 
Trois coups de butoir très proches de sa position l’informèrent que les attaquants avaient repéré la brèche dans le champ de normalisation et qu’ils concentraient dorénavant leur puissance de feu sur cette faille. Il estima que la coque aurait déjà dû céder et lorsqu’il déclencha les propulseurs anti-G de sa combinaison, il pensa qu’il allait certainement bientôt mourir.
Il sentit ses poumons se vider alors que la cloison derrière lui était remplacée par une sphère lumineuse blanche. Il essaya de s’agripper au rebord d’un sas de sécurité en train de se fermer, sa main resta coincée et l’étau lui broya les os tout en le maintenant prisonnier. Une eau bouillante suintait tout autour de son bras fondu dans la paroi métallique. Derrière le sas, les parois du compartiment venaient de céder, inondant la pièce. Il dégaina un mono-filament mais n’eut jamais le temps de se trancher le bras…
 
« Geor, le secteur des cuves est touché… »
Octa ne pouvait détacher son attention de cette information. Nina, la station pilote du vaisseau, avait hissé cette information au sommet des données prioritaires pour des raisons purement techniques. Mais pour Octa, l’important était que Season se trouvait dans le secteur des cuves… Season ne répondait plus à l’appel.
Le vaisseau culbuta sous un nouvel assaut d’armes solides. Nina ne pris pas la peine de rétablir l’assiette, des milliers de schémas alarmants se déversaient en un flot grandissant quelque part dans un recoin de sa conscience.
Son connecteur cervical lui faisait clairement ressentir les nombreuses blessures du Coffee. Mais Octa ne voyait plus qu’une seule chose, l’image nette et précise du premier contact visuel de leurs ennemis.
Sur fond de nova quatre silhouettes de chasseurs Venta se balançaient avec une lenteur toute relative. Un halot de lumière les entourait, les liants en une grappe de charbons ardents. Les fils d’énergie qu’ils ne cessaient de lancer à l’assaut du Coffee ne prenaient naissance qu’à distance de leur propre coque et de loin, un observateur n’aurait pas su dire qui était l’attaquant et qui était la proie.
Nina s’imposa à l’esprit d’Octa.
« Le central de défense a analysé la situation en notre défaveur. Il table sur trois minutes quinze, trois minutes trente de résistance avant atteinte du cocon . »
« Geor...» appela Octa.
Elle n’obtint aucune réponse et sortit immédiatement de sa vision virtuelle. Le pont était plongé dans l’obscurité, les hurlements de la coque ravagée ne perçaient qu’à peine le double champ de normalisation du poste de pilotage.
Elle parcourut du regard les différentes passerelles et aperçut son co-pilote debout, face à la verrière principale, au sommet de la salle.
« Geor ? » sa voix était tremblante.
« Nous n’aurons pas le temps de l’atteindre. » répondit il.
« Non… » Octa baissa la tête. Le silence s’instaura. Nina le rompit.
« Tir de barrage en provenance de la planète non nommée la plus proche. »
Et l’espace d’un instant, Geor et Octa, purent effectivement voir, alors que le Coffee se lançait dans une nouvelle pirouette, un trait blanc, lumineux et virevoltant venir intercepter, les unes après les autres, les aiguille d’énergie lancées par les chasseurs.
« Poursuit la descente ! » Ordonna Octa à Nina. « Et rétablit… s’il te plait. »
Trois minutes et quarante secondes plus tard, alors que les Venta cherchaient un angle d’attaque pour forcer le bouclier tout en restant hors de portée des armes de contact du Coffee, ce dernier atteint les premières couches de l’atmosphère de la petite planète couleur bronze. Tous les voyants du compensateur gravitique passèrent au rouge.
Nina fit parler l’un des ses six logimecs de bord, qui, au centre de la passerelle de navigation essayait de garder une position relative au navire de nouveau secoué par des salves de missiles.
« Si nous entrons dans l’espace atmosphérique de cette planète avec notre vitesse actuelle, la coque tiendra mais la compensation anti-G ne sera pas suffisante. »
« Et bien je préfère encore crever éparpillée aux quatre coins du vaisseau plutôt que de laisser à ces enfoirés la joie de nous exploser… »
Trois impacts sourds se firent sentir et ébranlèrent le champ de normalisation du petit navire.
« Ces maudits bâtards ne nous lâcheront plus maintenant que l’on est bloqué en espace normal. Nous les protégeons du tir de barrage, ils vont nous pilonner sans relâche. » Hurla Octa sans s’adresser à quiconque. Geor neparlait plus.
Alors Octa comprit qu’il été vain d’espérer encore. Elle fixa la verrière principale. On y voyait une image fuyante, celle d’une portion de terre d’un continent inconnu d’une planète inconnue. Au centre, une dépression géographique à laquelle elle ne put donner un sens. Un silence décalé s’était instauré dans le poste de pilotage, comme dans tout le reste du vaisseau. Coursives, cabines, laboratoires, hall des machines, plus aucun mouvement mécanique. Seuls quelques rescapés tapis là où ils avaient cru bon de s’arrêter pour faire face à leur angoisse grandissante.
La couche extérieure de la coque de vaisseau n’était plus qu’un flot de magma ondoyant aux prises avec des attractions toujours plus violentes.
Le Coffee était un caillou en fusion lancé à la figure d’un monde.
« La structure interne se maintient plutôt bien » soupira finalement Geor d’une vois atone.
« Rien pour nous enfuir… Plus de porte de sortie… Evacuation impossible… Mal à respirer… » Octa n’avait pu, comme son co-pilote, endosser une combinaison anti-G et les compensateurs du vaisseau ne cessaient de céder du terrain à un ralentissement meurtrier.
« Ca m’aurait plu de vivre mes dernières minutes en paix. » Ajouta t’elle.
« Garde espoir Octa… Si les compensateurs tiennent jusqu’au bout … »
Octa riposta d’un air moqueur :
« Ce n’est plus de l’espoir… » Ses mots se perdirent dans un râle. Son siége l’enveloppait presque entièrement, essayant vainement de lui conférer un semblant de confort.
« Nous n’en serions pas à notre premier miracle de la journée, hein, mon aimé ? »
Pour seule réponse Geor n’eut qu’un chaos sonore soudain. Le Coffee heurta une couche mitoyenne de l’atmosphère basse de la planète. Il s’y écrasa brutalement. Le pont principal se déforma comme si une main géante s’était refermée sur une structure de papier aluminium. Il entendit pourtant clairement le squelette d’Octa se broyer. Un son clair puis sourd et poisseux. Un son faible mais dominant tous les autres, une onde qui vint se figer dans son esprit, une vibration qui s’introduisit en lui, le violant, s’immisçant par ses yeux écarquillés, sa bouche grande ouverte, ses tympans impuissants à ne pas entendre.
La structure tint bon.

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